Conseils de lecture

Murène
21,80
par (Libraire)
15 septembre 2019

Refaire surface !

On sait qu’au « terme de 3 milliards d’années purement subaquatique » le Vivant est finalement sorti de l’eau pour poursuivre à l’air libre l’histoire de l’évolution des espèces. Murène, le nouveau roman de Valentine Goby raconte l’histoire d’un homme qui, en 1956, va entreprendre le voyage inverse, parce qu’il en va de sa survie.
Dynamique, travailleur, amoureux, François est un jeune homme plein de vie, ne sachant rien faire mais curieux de tout. Un jour d’hiver, en plein milieu d’un paysage de neige dans une campagne ardennaise qu’il ne connaît pas, il va être victime d’un accident électrique sur le toit d’un wagon arrêté en pleine voie et sur le toit duquel il était monté pour essayer de trouver son chemin. En un éclair, « une caresse brûlante » traverse sa chair, enflamme ses tissus et projette son corps à plusieurs mètres. Une petite fille poursuivant un renard trouvera son corps quelques heures plus tard.
Sauvé du froid, il va à présent falloir sauver François de lui-même car le prix de ce sauvetage sera celui d’une vie sans bras.

Murène est un roman saisissant dont on interrompt très difficilement la lecture tellement la narration sans temps morts nous plonge dans le parcours, de l’ombre vers la lumière, d’un garçon qui va devoir accepter de réinventer sa propre vie d’être diminué. Il sera bien sûr question de douleurs, de courage, de colères, d’abattement et de victoires, de résilience. Comment réapprendre les gestes du quotidien, recevoir le regard des autres, de ses proches, et celui des femmes d’abord ? Ce cheminement intérieur est écrit avec une sensibilité et une justesse sidérantes. On partage la moindre émotion de François, le moindre signe de découragement ou d’espoir retrouvé. Rien ne sonne faux dans ce livre. Même le temps long du soin et de la rééducation se lit avec un brin de fièvre, l’auteure employant alors tout un vocabulaire pour dire les gestes, les mouvements, les sensations sans jamais laisser percevoir l’ampleur du travail de recherche qu’elle a dû entreprendre en amont !

Mais ce qui rend autrement passionnant ce roman, c’est sa dimension historique.
Aux côtés de François, nous plongeons dans les années 50 et 60, à une époque où la chirurgie fait ce qu’elle peut, où le handicap se cache et fait peur (mais se porte plus facilement s’il a été gagné au combat, car oui, 14 – 18 n’est pas loin, 39 – 45 encore moins et nous sommes en pleine Guerre d’Algérie). Une époque aussi où les prothèses n’étaient qu’une mécanique pénible faite de câbles, de ferraille et de bois. Une époque enfin où l’Association des mutilés de France (future Fédération Française Handisport) voit le jour, guidée par la conviction forte que la pratique sportive aidera la personne handicapée a reconquérir son corps et, partant, sa dignité. Encore faut-il avoir accès aux stades, aux pistes et aux piscines. Leur combat sera d’imposer cet accès aux autorités de l’époque. Et nous nous retrouvons ainsi au bord d’une piscine, en maillot de bain aux côtés de François qui s’apprête à devenir murène, à prendre à rebours l’évolution de l’espèce humaine, à se jeter dans le grand bain de l’histoire du sport avec handicap. Au bout de la ligne, les premiers Jeux paralympiques de Tokyo en 1964.
Fascinant.


Panique à Needle Park
17,90
par (Libraire)
23 septembre 2016

Addictif !

Il y a des lectures immédiates. De celles qui pour vous bouleverser vont moins passer par votre cerveau que par vos tripes. Voici donc un chef d'oeuvre du genre écrit en 1967.
S'il ne s'agissait pas d'hérïne mais de cocaïne, je vous dirais que l'on tombe accro à la lecture de ce bouquin dès la première ligne...!


Le mystère du monde quantique
19,99
par (Libraire)
22 septembre 2016

Pourquoi je suis libraire et pas vétérinaire. Par Allan.

Il y a de ça quelques années, alors que j'étais encore au lycée en fin de seconde, je me souviens avoir été contraint de faire "un choix important". Choix du genre "déterminant" pour l'avenir. A cette époque, il va s'en dire, j'étais loin de m'imaginer que je deviendrai un jour le libraire que je suis. J'avais un rêve et ce rêve était d'être un super vétérinaire (rêve qui avait succédé au rêve de devenir un super "chercheur de dinosaures" comme le docteur Alan Grant dans Jurassic Park, mon idole d’alors). Ce choix fut celui de m'orienter dans la filière scientifique. Quelle désillusion... ! Pourtant, si médiocre qu'ait pu être mon laborieux parcours jusqu'au baccalauréat scientifique, une vérité doit être rétablie ! La science, la dure, celle qui cogne et qui fait mal à la tête, fut aussi, sous bien d'autres aspects, une source d'évasion pour moi !
C'est ainsi qu'en dehors du bahut, je passais le plus clair de mon temps dans ma librairie bande dessinée et qu'à la fin de ma première 1ère S, je pus établir, par une démonstration assez simple (du type 0 + 0 égale la tête à toto) que la probabilité de devenir vétérinaire était devenue aussi mince que celle de devenir Alan Grant... Je passais le reste de ma vie de lycéen dans le rang des L refoulés, à parler BD, basculant de cette manière, doucement mais surement, de l'autre côté de la caisse enregistreuse.
[Fin du laius]
C'est là que je lève le voile sur ma dernière lecture en date ! L'incroyable, la mirobolante et fantastique odyssée scientifique de Thibault Damour et Mathieu Burniat : Le mystère du monde quantique sortie chez Dargaud ! Car me voilà réconcilié ! De la science, des algorithmes, des démonstrations lumineuses et des logiques contradictoires ! Et cela vaut prescription ! Mathieu Burniat m'avait déjà franchement convaincu il y a 1 an et demi par son adaptation d'un grand classique de la littérature culinaire : La passion de Dodin-Bouffant. Mais là, c'est mieux que tout ! Je suis bluffé ! Si "Personne ne comprend vraiment la physique quantique", à commencer par les hommes qui en sont à l'origine, il faut saluer Thibault Damour, physicien rompu aux grandes arcanes de la cosmologie quantique pour avoir formé avec Burniat, un duo d'auteurs absolument génial !
L'histoire commence sur la lune, quand Bob l'aventurier perd dans un tragique darmour, bande, dessinée, burniat, dargaud, quantique, physiqueaccident de météorite Rick, son plus fidèle compagnon (milou en plus sagace) ! Les années ont passé et Bob pleure encore dans son fauteuil la triste fin des aventures de Bob et Rick. Tout en parlant à sa reproduction empaillée, qui lui fait soudainement comprendre que Bob le fougueux s'est bigrement encroûté, notre aventurier se voit invité à un congrès scientifique sur le monde quantique et s'apprête, sur les conseils de Rick, à résoudre l'ultime mystère qui bouleversera jusqu'à sa conception même de la réalité !
Contre toute attente, Bob se voit propulsé tel un électron libre dans le continuum espace-temps ! Il rencontre Max Planck au pied d'un arbre à fruit et converse avec lui de ce qui inaugura une longue quête de sens à travers l'histoire de la physique moderne ! Suivront les découvertes d'Einstein, Niels Bohr, de Broglie, Heisenberg, Born, jusqu'à la fameuse expérience du chat de Schrodinger, laissant entendre que peuvent coexister de multiples réalités…
De là cette bouleversante et vertigineuse question existentielle que posera le monde quantique : le libraire que je suis peut-il être devenu, dans une autre réalité, le super vétérinaire qu'enfant il voulait être ou le fougueux Alan Grant dans Jurassic Park ?!
Faites-en vous-même l’expérience et lisez sans plus attendre Le mystère du monde quantique !
Allan


Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur
21,50
par (Libraire)
17 septembre 2016

Mai 1962, Choctaw, Alabama

Le dernier Thomas H. Cook confirme ce que l’on savait déjà. L’auteur maîtrise l’écriture du flashback à la perfection ! Qu’est-ce qui fait qu’on en sort encore ébloui ? L’écriture, toujours l’écriture.

L’intrigue se déroule dans la petite communauté blanche et conservatrice de Choctaw, en Alabama. Tout remonte à l’été 1962 et nous ramène au corps sans vie de la jeune Kelli, retrouvée sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur, seule, dans les profondeurs de ces bois, au prise avec une histoire qui semble s'être répété...

30 ans après, l’énigme est entière et entoure encore de son voile noir l’agression de cette jeune beauté venue de Baltimore. Hanté par la voix et le visage de celle dont il était tombé éperdument amoureux, Ben, devenu médecin de campagne, raconte l'histoire la plus tragique de son existence. Celle que toute sa vie, il s’est évertué à garder au plus profond de son âme…

Ce qu’il y a de surprenant avec les lyriques, c’est qu’on ne se doute jamais des formes que prendront leur imagination et leurs inspirations. Peu d’auteurs sont de cette trempe là. Mais reconnaissons le, Cook écrit des romans noirs comme on écrirait une poésie troublante, mélancolique et obsédante.

Le vieux démon de la ségrégation plane sur ce lieu chargé de souvenirs et de mystères. Il progresse à pas feutrés, lentement, insidieusement, révélant peu à peu un récit tourmenté au charme ensorcelant et une chute à la hauteur d'une tragédie shakespearienne transposée dans le sud profond de l'Amérique.

Reste une oeuvre noire marquante, impérissable.

Allan


Descente à Valdez
7,50
par (Libraire)
17 septembre 2016

Pas déçu du voyage !

La fin d'une époque, les conditions du vrai. C'est dans cette collection des éditions Allia que vient de paraître en librairie "Descente à Valdez".

Il s'agit là d'une espèce de reportage redneck qu'Harry Crews publie pour le compte du magazine playboy en février 1975, peu avant la construction du très controversé oléoduc trans-Alaska.

Il y posera ses valises moins de deux semaines durant, ce qu'il lui faudra de temps pour dépeindre avec une douce ironie, mâtinée d'indignation bilieuse, une part de cette contrée dure et froide située à l’extrême opposé des 48 d'en bas - entendez tous les autres états d'Amérique.

Une belle petite fresque sociale si vous voulez mon avis, bien rocambolesque ! Ça commence mal dès le départ. Crews se heurte à l'antipathie affichée des autochtones, aux conflits d'intérêts entre les caribous et les constructeurs de l'oléoduc et à la danse two step. Comme bien souvent, la bière se charge du reste et passés les premiers coups de froid, les langues se délient. C'est la foire aux personnages grotesques. On n'est pas à l’abri d'une mauvaise surprise ni d'une vilaine gueule de bois.

Tout le monde a l'impression de se faire enfler dans l'histoire. Et l'histoire le confirmera en 1989, quand le pétrolier Exxon Valdez viendra mourir sur les cotes de l'Alaska, déversant ses 40 000 tonnes de pétrole brut. Terminus, tout le monde descend !

Allan