M pour Mabel

Helen Macdonald

Fleuve Editions

  • 25 septembre 2016

    Les ailes du deuil

    en partenariat avec Fleuve Editions

    Qui se cache donc derrière ce ravissant prénom, Mabel ? Un autour. L’autour est un rapace, énorme, effrayant, qui se réfugie dans les forêts profondes, il est le « Graal obscur des ornithologues », écrit Helen Macdonald dans son incroyable récit M pour Mabel.
    Helen Macdonald est écrivain, poète, illustratrice, historienne, et depuis quelques années fauconnier, c’est-à-dire qu’elle élève des faucons, ce qui est autrement plus difficile que de dresser des lions ou des tigres. A la mort de son père, qu’elle adorait, ce père photographe avec lequel elle avait passé des heures dans la campagne angalise, durant son enfance, à observer les oiseaux, elle se sent submergée de chagrin, frôle la dépression, et pour s’en sortir, pour accomplir son deuil et comme une forme d’hommage à leur passion commune, décide de se lancer un pari fou : dresser l’indressable, un bébé autour.
    Pour quelques poignées de livres sterling, elle acquiert, Mabel, trois mois… Un vrai coup de foudre, mais une tâche dont elle n’avait mesuré ni l’ampleur ni la difficulté. Imaginez l’oiseau occupant tout l’espace, trônant au milieu de son salon, ou sur le siège passager de sa voiture. Pas facile non plus de lui apprendre à la fois l’indépendance et le retour au bercail. A plusieurs reprises, Helen Macdonald est tentée d’abandonner. Son existence se mêlant à celle de Mabel, elle commence peu à peu à perdre le fil de sa vie. Elle coupe les ponts avec ses amis, ne répond plus au téléphone, se laisse aller physiquement… Mais c’est par là qu’elle devait en passer pour s’extirper de sa tristesse. Elle s’est raccrochée à Mabel, a mis toute son énergie, à s’occuper d’elle, jusqu’à ce que naisse une véritable complicité entre les deux, une forme d’amitié fusionnelle aussi étrange que cela paraisse... Grâce à Mabel, Helen a fini par sortir de son long tunnel, retrouver goût à la vie, et l’énergie pour écrire ce livre aussi original que captivant.

    **[Lire notre interview de Helen Macdonald](http://www.onlalu.com/site/rencontre-avec-helen-macdonald/)**

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  • 23 septembre 2016

    Fascinée depuis son enfance par la fauconnerie, la narratrice se lance dans d’un projet nourri depuis longtemps : dresser un autour. Le décès de son père est l’élément déclencheur qui lui fait franchir le pas. Sans être novice, férue de littérature en rapport avec les rapaces, Mabel est pourtant son premier autour, un puissant rapace.

    Elle s‘isole, ne sort que rarement de chez elle car Mabel a besoin dans premier temps de s’acclimater. Sans s’en rendre compte, elle tombe dans la spirale de la dépression et focalise toute son attention uniquement sur le rapace. Ses appréhensions sur le premier vol de Mabel, la nourriture et le poids du rapace, toutes les étapes sont décrites et très bien rendues. Ce livre ayant été écrit bien après, Helen Macdonald a ce regard distancié sur les événements de l’époque et sur son comportement qu’elle analyse avec une beaucoup de discernement.
    Si Mabel l’a accompagnée durant le chemin du deuil, il a été également bien plus qu’une béquille pour sortir de sa dépression. Les extraits des carnets de Mr White qui dans les années 30 voulut dresser un autour émaillent le livre. A la froideur de White s’oppose la sensibilité de l’auteur.
    Sur un thème qui à priori ne m’attirait pas, j’ai appris beaucoup d’informations (certaines m’ont plus intéressées plus que d'autres) mais surtout le récit intime d’Helen Macdonald, cette introspection m’a vraiment touchée.
    Le fait qu’elle s’interroge énormément sur son rapport avec Mabel est un point fort et il permet de faire passer certaines longueurs.
    Il y a beaucoup de pudeur cette une écriture très visuelle qui dépeint aussi bien la nature, Mabel que les émotions les plus profondes. Une belle découverte !

    "L'archéologie de la douleur ne se fait pas avec ordre et méthodes. Cela ressemble davantage à la terre que vous retournez à la bêche et où vous découvrez parfois des choses oubliées. Des éléments surprenant refont surface non seulement les souvenirs, mais aussi des états d'âme, des émotions, des visions du monde plus anciennes. "

    "Il y a un abîme entre la vie viscérale et sanglante que je partage avec Mabel et la vision distanciée, réservée, qui caractérise la façon dont nos contemporains apprécient la nature. Je sais que certains de mes amis considèrent le fait de vivre avec un faucon comme quelque chose de moralement suspect, mais je ne pourrais pas aimer les oiseaux les comprendre aussi profondément si je ne les avais vu que sur des écrans. J'ai fait d'un faucon un fragment de vie humaine et d'une vie humaine un fragment de la vie d'un faucon, ce qu'il a rendu un million de fois plus complexe et source d'émerveillement à mes yeux. "


  • par (Libraire)
    31 août 2016

    Expérience littéraire incroyable

    Indéfinissable pour notre plus grand bonheur, M pour Mabel raconte le voyage dans le monde de la fauconnerie et - au-delà - de la sauvagerie animale, qu’Helen Macdonald va entreprendre à la mort de son père. Terrassée de douleur, elle qui depuis toute petite se passionne pour les rapaces et la littérature qui va avec, décide alors d’acheter un vautour, une merveille de volatile réputé pour la brutalité de ses attaques. Manière aussi de rester en lien avec ce père trop subitement disparu, car la légende veut que ces oiseaux là établissent un pont entre le monde des vivants et celui des morts.

    Le livre raconte cet apprentissage, et le retour à la vie après l’épreuve du deuil. Mais il est bien plus riche encore. Il est un éloge de la patience, un hommage à l’écrivain T.H. White, auteur oublié de L'épée ans la pierre (1938) dont Walt Disney tirera Merlin l'enchanteur et lui aussi amoureux fou des rapaces. Réflexion sur l’imaginaire médiéval dans l’Angleterre d'aujourd’hui, sur la violence des hommes et celle des animaux, ce grand livre est pourtant un livre qui observe, comprend et apaise.

    Je n’avais jamais rien lu quoique ce soit de semblable ! Moi qui n'aime ni les livres de deuil, ni les rapaces, j'ai DÉ-VO-RÉ M pour Mabel !