Requiem et autres poèmes
EAN13
9782889073443
Éditeur
Zoé
Date de publication
Collection
ZOE POCHE
Langue
français
Langue d'origine
français
Fiches UNIMARC
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Requiem et autres poèmes

Zoé

Zoe Poche

Indisponible

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Requiem est la mise en forme d’une quête : une trajectoire intime,
spirituelle, poétique, qui s’incarne en un livre très mince que son auteur a
mis plus de trente ans à composer. Constance Coigny, la mère de Gustave Roud,
meurt au mois de mars 1933. Pour le poète de trente-six ans, ce deuil
s’inscrit dans une longue série : en l’espace de quelques années, il a perdu
son père, sa tante et sa grand-mère. La grande maison de Carrouge se vide peu
à peu. Après une période d’hébétude, Roud reprend la plume et confie à son
journal intime ses souvenirs des derniers mois de sa mère. Au même moment, il
poursuit sa tâche d’observateur infatigable de la campagne et des gens qui
l’habitent. Plus encore qu’auparavant, il traque ardemment tous les signes et
visions fugitives, ces indices qui confirment à ses yeux l’existence d’une
autre réalité : un « ailleurs » qui échapperait au temps, où il serait
possible de communiquer avec les mortes. Un ailleurs qui se trouve ici, mais
épars. C’est la vocation, le rôle, la raison d’être de la poésie que d’en
rassembler les éléments. Au fil des décennies, Roud écrit avec une grande
lenteur, sans plan, à coup de reprises, prolongements, insertions : un poème
en 1934, une page de prose en 1935, qu’il déveoppe en 1941. Ce n’est que peu à
peu que se forme le projet de réunir ces fragments. En parallèle à la longue
conception de ce qu’il nomme un « livre sans titre », Roud confie à diverses
publications des poèmes en prose. Entre 1937 et 1940, il fait paraître dans la
revue Suisse romande une chronique intitulée « Saisons ». Il puisera largement
dans la matière de ces cinq livraisons pour composer ses recueils futurs, en
particulier Air de la solitude et Campagne perdue. Ces textes, que nous
donnons dans le volume à la suite de Requiem, témoignent de la constance d’une
recherche que Roud mène sans relâche. Le 29 août 1959, il écrit dans son
journal : « Un seul désir, achever le “Requiem” avant qu’on chante le mien ».
Il lui faudra encore huit ans pour assouvir ce désir. Avant cela, il publie en
1966 dans la revue Écriture ce que certains tiennent pour son plus beau texte
: « L’aveuglement », une poignée de pages tragiques qui annoncent, sans les
affadir, celles de Requiem, qui paraît l’année suivante. Requiem s’ouvre sur
un paysage de neige, et cette affirmation grave et définitive : « Mais tu sais
bien qu’il n’y a pas de repos. » Quelqu’un est mort, et la voix du poète tente
de circonscrire cette absence pour la changer en présence, ce silence pour le
changer en chant. « Et pourtant, l’âme sans défense ouverte au plus faible
cri, j’attends encore. » Le temps passe dans le livre. Le poète connaît des
instants de grâce : « Oui, j’ai été cet homme traversé. » Mais la demeure où
il vit est « désemparée, fléchissante sous sa chape de solitude » : « L’espace
lui-même n’est plus sûr. » C’est alors que, grâce à « l’infinie fidélité des
oiseaux », et par l’intercession d’un laboureur, le poète retrouve tout à
coup, au terme d’une longue patience, les fleurs du jardin de son enfance. Le
livre se clôt au « seuil des retrouvailles » avec la mère, là « où toute
parole dans l’ineffable clarté se défait comme une vaine écume ». Au moment de
la sortie du livre, Roud confie à un journaliste que cette œuvre « est née
d’une expérience de la mort » : « Cette suite de textes est liée à une série
de ce que je nommerai des illuminations, que rien ne peut provoquer. Une
espèce de communication vous est donnée, qui peut être extrêmement brève, et
d’autant plus intense. » Cette intensité n’a pas échappé aux lecteurs, qui
saluent d’emblée l’œuvre comme une réussite. À la mort de Roud, en 1976,
Requiem est le seul de ses livres encore disponible en librairie. Gustave Roud
(1897-1976) a été un acteur culturel majeur de Suisse romande. Son travail de
poète, de traducteur, de critique et de photographe lui vaut une admiration
grandissante. Grand marcheur, découvreur et déchiffreur infatigable des
paysages du Jorat, cette région de plaine et de collines où il a vécu toute sa
vie, Roud ne considère pas la campagne de l’extérieur, comme un décor : il
entretient une relation intime et intense avec tout ce qui vit – arbres et
fleurs, forêts, champs et prairies, oiseaux et bêtes sauvages, ciel et
constellations, étangs et rivières. Il se révèle d’une grande pertinence
aujourd’hui, alors que notre rapport à la nature et au vivant doit être revu
de toute urgence. Son désir pour les hommes, qu’il n’a jamais pu vivre
ouvertement, se déploie dans les descriptions précises et troublantes des
paysans qu’il observe travailler, le plus souvent torse nu. Mais au-delà des
corps, c’est aussi un mode de vie qu’il documente – toute une ruralité sur le
point de se transformer radicalement en basculant dans la modernité. La
publication chez Zoé en 2022 de ses Œuvres complètes a permis de prendre la
juste mesure de cet écrivain inquiet, dont beaucoup ont souligné le caractère
envoûtant de la prose lyrique. « Ici se croisent les sentiers de la méditation
et ceux, plus sauvages, du voyage spirituel. » (Michel Crépu, Télérama) Dans
la foulée de cette publication, Zoé poursuit sa série de poches, initiée avec
Essai pour un paradis et Air de la solitude. Comme pour la "Petite
bibliothèque ramuzienne", le but est de mettre en valeur aussi bien les
recueils les plus importants du poète que certains textes moins connus.
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